Ayahuasca

L’Ayahuasca


« L’Ayahuasca » est un breuvage aux vertus psychotropes et purgatives consommé traditionnellement par les populations indigènes du bassin amazonien depuis des millénaires. Ce thé obtenu traditionnellement après décoction de la liane d’ayahuasca (Banisteriopsis Caapi) et de feuilles de Chacruna (Psychotria Viridis) permet d’accéder à des états modifiés de conscience ou « trances chamaniques ». Cette médecine traditionnelle très appréciée des occidentaux constitue encore la base de la pharmacopée de beaucoup de communautés indigènes d’Amazonie. On peut citer notamment le peuple Shipibo-conibo vivant entre Pucallpa et Iquitos sur les rives du fleuve Ucayali au Pérou. Cette médecine est un des piliers fondamentaux de leur organisation sociale et culturelle. Traditionnellement, seuls les guérisseurs (curanderos) la consomment pour établir un diagnostic sur des malades et effectuer des soins énergétiques à l’aide de chants appelés « Icaros ». Autrefois elle était plus largement utilisée afin de retrouver des objets perdus, découvrir de nouvelles zones de pêche ou de chasse, ou pour résoudre des litiges au sein de la communauté. Certaines tribus d’Amazonie notamment au Brésil consomment encore collectivement le thé de la liane apprécié pour ses vertus purgatives.

Ayahuasca : Un Tourisme en plein essor

Iquitos: the Ayahuasca Mecque

Depuis ces dernières décennies l’engouement des occidentaux pour l’Ayahuasca n’a cessé de croître. Le nombre de centres d’Ayahuasca s’est multiplié notamment au Pérou à tel point que l’on n’hésite plus à qualifier ce phénomène d’ « Ayahuasca-business ». L’expérience qualifiée souvent d’intense même par les *psychonautes les plus aguerris a depuis longtemps conquis le public « New Age » en quête de connection spirituelle, ainsi que des personnes atteintes de dépression ou souffrant de traumatismes psychologiques. Cependant elle semble attirer des profils de plus en plus divers. Ainsi un nombre croissant de curieux se rendent aujourd’hui dans les centres d’Ayahuasca au Pérou. Des professionnels de la finance, du marketing et des créatifs déjà adeptes du *micro-dosage viennent aujourd’hui dépasser leurs limites en participant à une retraite d’Ayahuasca. Au delà des motifs qui poussent tant d’occidentaux à braver les interdits pour expérimenter cette médecine exotique, pour quelles raisons l’Ayahuasca est-elle en passe de devenir si populaire ? La raison principale tient en trois lettres DMT.

* Qu'est-ce qu'un Psychonaute ?

Un Psychonaute est une personne qui expérimente des états altérés de conscience, de connexion spirituelle et d’exploration de la condition humaine, en ayant recours à l’utilisation de substances psychédéliques, mais aussi grâce au chamanisme et à la privation sensorielle.

* Qu'est-ce que le micro-dosage ?

Le Micro-dosage est une technique visant à consommer fréquemment des substances psychédéliques à faibles doses pendant une période de temps donnée afin d’évoluer en état modifiées de conscience sans perdre ses facultés. Par ailleurs il peut être recherché pour son potentiel d’activation physico-cellulaire.

« Traiter certaines pathologies de l’esprit ou du comportement avec des drogues semble irrationnel…»

— Sources INREES consulter cet article...

DMT : La Molécule de L’Esprit

Molécule de DMT

À l’instar de ses homologues le Peyotl ou la Datura, l’Ayahuasca est une plante visionnaire aux propriétés *enthéogènes connue pour provoquer des expériences mystiques et spirituelles. Cependant ce qui la distingue des autres psychotropes réside dans la substance qu’elle contient : la DMT. La DMT (Dymethyltryptamine) qualifiée de « molécule de l’esprit » par le Dr Rick STRASSMAN à la suite de ses recherches est un neuro-transmetteur naturellement présent dans tout notre corps ainsi que dans celui de tous les organismes vivants. Elle est toutefois présente en grande quantité dans les feuilles de Chacruna, qui servent à l’élaboration du breuvage d’Ayahuasca.

* Que signifie enthéogène ?

Enthéogène selon la racine latine « théos » – Dieu, signifie se convertir en dieu en dedans, être possédé par dieu, ressentir dieu.

La DMT, substance mystérieuse provoque à forte dose une alteration de la perception pouvant occasionner des expériences mystiques ou d’ordre psychotiques. Pour ceux qui la consomment, l’Ayahuasca est réputée être une plante « enseignante » qui offre clairvoyance, dialogue intérieur et connection avec le monde spirituel. Vue, ouïe, odorat, goût, toucher, tous les sens sont exharcerbés et parfois même bombardés d’informations. Celles-ci peuvent aider à faire resurgir ce qui était enfoui, à dénouer les complexes émotionnels, psychologiques, et physiques, à se libérer du passé. Parfois elles peuvent être aussi vécues comme des expériences traumatisantes. Ayahuasca signifie en Quetchua « liane de l’esprit» ou « liane avec un esprit» mais on l’appelle aussi la « liane de la mort ». Coïncidence ou non certains avancent qu’au moment de la naissance et de la mort, notre corps produirait de la DMT en quantités importantes. Il est vrai que l’Ayahuasca peut dans certains cas provoquer la sensation d’une mort imminente (Near Death Experience). Néanmoins ces « états dramatiques » intenses sont comme l’explique le psychiatre Stanislav GROFF un excellent moyen de lâcher prise. Ils représentent une sorte de rituel de passage nécessaire à toute renaissance, et peuvent même dans certains cas s’avérer déterminants lors d’un processus de soin. 

Une Pratique Chamanique Préservée

L’autre raison expliquant l’engouement actuel pour l’Ayahuasca est que cette pratique chamanique est restée relativement intacte. À la différence d’autres cultures qui ont fortement souffert de la présence des espagnols, les amazoniens de par leur isolation géographique ont relativement moins subis la présence des envahisseurs. Malgré la pression des missionnaires, leur savoirs ancestraux ont pu se transmettre jusqu’à nos jours. C’est précisément ce que l’homme moderne en quête de sens vient chercher au sein de ces communautés : une expérience authentique. La raison d’un tel engouement réside aussi dans le fait que l’expérience de l’Ayahuasca peut s’apparenter à un rituel de passage où l’homme devient adulte et change son rapport au monde. Or cette étape commune aux sociétés traditionnelles manque cruellement dans notre monde moderne. Il représente une opportunité de reconnection avec le « soi », et le monde qui nous entoure. La médecine traditionnelle amazonienne est une pratique chamanique encore vivante à la différence d’autres traditions qui ont basculé d’ores et déjà dans le Folklore.

Des résultats scientifiquement prouvés

De nombreux occidentaux n’hésitent donc pas à passer des semaines voire des mois dans les centres d’Ayahuasca au Pérou afin de mieux se connaître, guérir de désordres psychologiques et émotionnels tels que la dépression, les problèmes d’addiction à la cocaïne, la marijuana, l’alcool ou le tabac,… mais également pour se soigner de maladies parasitaires, de maladies articulaires et même de maladies dégénératives. Des guérisons isolées ont été rapportés notamment dans le cas de cancers, mais la disparité de suivi entre les dossiers médicaux ne permet pas d’affirmer que l’Ayahuasca les a soigné, ni même de réfuter le rôle de « l’effet placébo ». Il faut souligner néanmoins que le traitement de maladies dans la médecine traditionnelle amazonienne ne se résume pas à la prise d’Ayahuasca, mais fait appel à d’autres plantes médicinales (voir le chapitre sur les plantes maîtresses). Force est de constater que l’on manque cruellement d’information à ce sujet. Malgré cela et le climat de prohibition qui règne sur l’étude scientifique des plantes psychotropes, des chercheurs ont pu récemment mettre en évidence l’efficacité de l’Ayahuasca dans le traitement de maladies d’ordre dégénératives, démontrant son fort potentiel thérapeutique. (voir les effets de l’Ayahuasca et la chimie de l’Ayahuasca). Elle est reconnue également comme un moyen très efficace de soigner les syndromes de stress post-traumatiques (PTSD). C’est ce qu’a constaté Jessica NIELSON chercheuse au centre des lésions cérébrales de l’université de Californie à San Francisco, après avoir observé la guérison de véterans de guerre dans des centres d’Ayahuasca au Pérou. D’autres recherches neurologiques menées en Espagne par le Docteur RIBA viennent corroborer ce fait. L’Ayahuasca aurait la particularité d’activer une zone du cerveau appelée l’amygdale où sont conservées toutes nos mémoires émotionnelles anciennes comme les traumas, les deuils, les drames, etc… Vous trouverez de plus amples informations sur les effets neurologiques de l’Ayahuasca . 


De la prohibition vers la réhabilitation

L’Ayahuasca a pourtant connu des heures sombres… Le phénomène grandissant de « l’Ayahuasca-business » et le décès d’occidentaux ayant consommé de l’Ayahuasca ont bien failli convaincre le gouvernement péruvien d’en interdire l’usage. C’est grâce aux efforts combinés de représentants de diverses communautés amazoniennes et de praticiens tels que le Dr Jacques Mabit responsable du centre Takiwasi (spécialisé dans le traitement des addictions) que la pratique de l’Ayahuasca a pu être sauvée. Son utilisation traditionnelle est désormais inscrite au patrimoine culturel du Pérou depuis 2008 et au Brésil depuis 2011. Elle est également tolérée dans les communautés amazoniennes de Bolivie, d’Équateur, de Colombie, du Vénézuela,… ainsi que dans d’autres pays d’Amérique du Sud comme le Mexique ou le Costa Rica. Toutefois l’absence de législation et la relative tolérance que l’on constate dans ces pays tout comme dans certains pays d’Europe ( Suisse, Espagne, Italie, Portugal,…) n’empêchent pas les arrestations ponctuelles. Fait paradoxal, l’utilisation de l’Ayahuasca est tolérée depuis peu aux États-unis ! Mais sous certaines conditions… Après bien des détours administratifs, de rares mouvements syncrétiques et religieux ont été autorisées à utiliser l’Ayahuasca dans le cadre de leurs rituels, comme le *Santo Daime né au Brésil, qui a largement contribué à faire connaître l’Ayahuasca sur le continent américain.

* Qu'est-ce que le Santo Daime ?

Santo Daime est une religion syncrétique fondée dans les années 1930 dans l’État brésilien d’Acre par Raimundo Irineu Serra, connu sous le nom de Mestre Irineu. Santo Daime incorpore des éléments de plusieurs traditions religieuses ou spirituelles, y compris le catholicisme populaire, le spiritisme kardéciste, l’animisme africain et le chamanisme indigène sud-américain, usant de substances psychédéliques pendant ses cérémonies.

…Vers la Légalisation ?

Il reste encore beaucoup de chemin avant que l’utilisation thérapeutique de l’Ayahuasca puisse être reconnue et  légalisée. Le contexte traditionnel dans laquelle elle se pratique heurte les conceptions modernes de la médecine, trop souvent enclin à taxer ces pratiques d’un autre âge de charlatanisme, qui plus est dangereux. Actuellement il n’existe pas ou peu de certifications de praticiens guérisseurs censées garantir aux patients la qualité de soins qu’ils sont sont en droit d’attendre. Chaque année des touristes se retrouvent aux prises avec de « faux chamanes » rencontrés par l’intermédiaire d’un moto-taxi, et les risques de revoir cette pratique de nouveau menacée sont réels. Il est à noter qu’une charte de qualité et d’éthique est actuellement mise en place entre l’ASA (Ayahuasca Safety Association) et certains centres d’Ayahuasca au Pérou. De même, il existe des certifications émises par des maîtres guérisseurs reconnus, garantissant que tel praticien a bien effectué une « Diète d’apprentissage » (voir la Diète et les Plantes Maîtresses ) et/ou qu’il est lui-même « Maestro » (à même de gérer une cérémonie et de prodiguer des soins lors d’une cérémonie d’Ayahuasca). Mais elle ne reflète pas son degré de pratique et n’a pas de valeur officielle. Espérons qu’à l’instar de la marijuana, l’utilisation de l’Ayahuasca à fins médicinales pourra s’exercer à l’avenir dans un cadre plus transparent et plus légal.

L’Ayahuasca victime de son succès

L’autre conséquence directe du boom de l’Ayahuasca est sa surexploitation. À l’instar de l’*Iboga en Afrique, l’Ayahuasca en effet tend à se raréfier du fait de la hausse de la demande. L’approvisionnement en liane de qualité devenant plus difficile, il faut s’enfoncer de plus en plus loin dans la forêt pour trouver une liane d’ayahuasca arrivée à maturité (environ 15 ans). La conséquence directe est bien entendu l’augmentation du prix de l’Ayahuasca, l’augmentation du prix des cérémonies et des retraites d’Ayahuasca, rendant peu à peu cette médecine de moins en moins accessible…Des initiatives voient peu à peu le jour comme c’est le cas de l’association Centro cultural Isa Weni de la Amazonia située dans la communauté de Santa Rosa de Dinamarca en Ucayali. Ce projet de plantation d’ayahuasca de moyenne envergure est mené actuellement en forêt sans arrachage. Ceci reste cependant un cas isolé. Des projets de réimplantation d’envergure sont menés parallèlement, mais leur motivation principale étant d’ordre financière, elles sont menées au détriment de la forêt environnante et aboutissent souvent à la déforestation, comme le souligne l’article suivant du Guardian

* Qu'est-ce que l'iboga ?

L’iboga est un arbuste vivace de forêt tropicale au pouvoir psychédélique, originaire de l’ouest de l’Afrique centrale. L’iboga stimule le système nerveux central lorsqu’il est pris à petites doses et induit des visions à plus fortes doses. Dans les régions d’Afrique où la plante pousse, l’écorce de la racine est mâchée à diverses fins pharmacologiques ou rituelles.
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L’Ayahuasca interdite aux Pays Bas
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